Lorsque nous échangeons avec une intelligence artificielle, tout semble immatériel.
Une question.
Une réponse.
Une image générée en quelques secondes.
L’expérience paraît presque magique.
Pourtant, derrière cette simplicité se cache une infrastructure gigantesque : des milliers de serveurs, des processeurs spécialisés, des réseaux de communication et des centres de données qui fonctionnent jour et nuit.
Et tous ont un point commun : ils produisent énormément de chaleur.
Cette chaleur doit être évacuée en permanence pour garantir le bon fonctionnement des équipements. C’est là qu’intervient une ressource que l’on associe rarement au numérique : l’eau.
Une consommation invisible
Contrairement à ce que l’on imagine, une requête adressée à une IA ne consomme pas seulement de l’électricité.
Selon la localisation des centres de données et les technologies de refroidissement employées, elle peut également mobiliser une quantité non négligeable d’eau douce.
Cette eau n’est pas « bue » par les serveurs.
Elle sert principalement au refroidissement des installations, souvent par évaporation, afin de maintenir des températures compatibles avec le fonctionnement des processeurs.
À l’échelle d’une seule requête, l’impact paraît dérisoire.
À l’échelle de plusieurs milliards de requêtes quotidiennes, il devient considérable.
L’intelligence artificielle n’est pas la seule concernée. Les moteurs de recherche, le streaming vidéo, le cloud computing ou encore les cryptomonnaies reposent sur les mêmes infrastructures énergétiques.
L’IA ne fait qu’accélérer une tendance déjà engagée.
Une contradiction de notre époque
Nous développons des outils capables d’écrire, de traduire, de programmer ou de concevoir des bâtiments en quelques secondes.
Dans le même temps, des centaines de millions de personnes vivent encore dans des régions où l’accès à une eau potable sûre demeure un défi quotidien.
Cette réalité ne signifie pas que l’intelligence artificielle est une mauvaise technologie.
Elle nous rappelle simplement qu’aucune innovation n’est gratuite.
Chaque progrès possède un coût.
Encore faut-il accepter de le regarder en face.
Faut-il renoncer à l’intelligence artificielle ?
Je ne le pense pas.
L’IA représente probablement l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour accélérer la recherche, optimiser l’industrie, améliorer la médecine ou concevoir des habitats plus performants.
Le problème n’est donc pas l’outil.
Le problème est la manière dont nous choisissons de l’utiliser.
Comme toute révolution technologique, l’intelligence artificielle devra progressivement apprendre la sobriété.
Cela implique notamment :
- des centres de données alimentés par des énergies décarbonées ;
- des systèmes de refroidissement beaucoup moins consommateurs d’eau ;
- des modèles plus efficaces nécessitant moins de puissance de calcul ;
- une utilisation réfléchie, privilégiant les usages à forte valeur ajoutée plutôt que les sollicitations inutiles.
L’enjeu n’est pas de faire moins d’IA.
Il est de faire une meilleure IA.
Une technologie au service du vivant
Chez CHANYA, l’intelligence artificielle n’est jamais une finalité.
Elle constitue un outil parmi d’autres pour résoudre un problème bien réel : rendre l’habitat plus accessible, plus durable et plus respectueux des ressources.
L’IA permet d’accélérer la conception, d’optimiser les formes architecturales, de réduire les pertes de matériaux, d’améliorer les performances énergétiques ou encore d’automatiser certaines étapes de fabrication.
Autrement dit, elle peut contribuer à économiser davantage de ressources qu’elle n’en consomme, à condition d’être utilisée avec discernement.
La technologie ne devrait jamais être évaluée uniquement à travers ses performances.
Elle devrait aussi être jugée sur sa capacité à préserver ce qui rend notre avenir possible.
Regarder derrière l’écran
Nous parlons souvent de puissance de calcul, de modèles toujours plus performants ou de milliards de paramètres.
Nous parlons beaucoup moins des ressources invisibles qui rendent cette puissance possible.
L’eau en fait partie.
L’intelligence artificielle ouvre des perspectives extraordinaires.
Mais si elle souhaite réellement servir l’humanité, elle devra apprendre à respecter les limites de la planète qui la fait fonctionner.
L’innovation n’a de sens que lorsqu’elle progresse avec lucidité.
Et peut-être que la prochaine révolution ne sera pas de créer une intelligence plus puissante.
Mais une intelligence plus responsable.
