Depuis plusieurs années, l’impression 3D béton occupe une place croissante dans les médias spécialisés et les salons professionnels. Les démonstrations se multiplient, les records d’impression se succèdent et les performances techniques impressionnent.
Personne ne peut nier que cette technologie représente une avancée majeure pour le secteur de la construction.
Pourtant, à mesure que la technique progresse, une question me semble devenir de plus en plus importante.
Construisons-nous réellement mieux, ou construisons-nous simplement autrement ?
Lorsque la technologie devient une fin
Comme beaucoup d’innovations, l’impression 3D béton a d’abord cherché à démontrer qu’elle était possible.
Il fallait prouver que l’on pouvait imprimer un mur, puis une maison, puis un bâtiment entier.
Cette phase était indispensable.
Mais aujourd’hui, j’ai parfois le sentiment que nous continuons à regarder la machine davantage que ce qu’elle produit.
Or, une technologie n’a de valeur que lorsqu’elle répond à un besoin humain.
La véritable question n’est donc plus :
Comment imprimer un bâtiment ?
Elle devient :
Quel habitat voulons-nous créer ?
Trois limites qui freinent encore son développement
À mes yeux, trois obstacles empêchent encore cette technologie d’exprimer tout son potentiel.
1. Des projets conçus autour de la machine
Trop souvent, l’architecture s’adapte aux contraintes de l’imprimante.
La forme du bâtiment devient la conséquence du procédé de fabrication.
J’aimerais voir l’inverse.
La technologie devrait s’effacer derrière le projet architectural, et non l’influencer.
2. Une innovation qui peine à sortir du laboratoire
De nombreux projets restent des démonstrateurs techniques.
Ils prouvent que l’impression fonctionne.
Ils démontrent rarement qu’elle répond à un véritable marché.
Passer du prototype à un habitat réellement désirable suppose d’intégrer bien davantage que la seule prouesse technologique : les usages, le confort, l’économie, l’entretien, l’acceptation sociale et la qualité architecturale.
3. Des cadres réglementaires encore difficiles à franchir
Construire ne consiste pas seulement à fabriquer un bâtiment.
Il faut également pouvoir l’assurer, le financer, le certifier et le rendre conforme aux exigences réglementaires.
C’est souvent là que commence le véritable défi.
Heureusement, des projets majeurs comme ViliaSprint² montrent que cette transition est possible lorsqu’industriels, organismes techniques et acteurs du logement travaillent ensemble. Grâce à l’implication de partenaires tels qu’Action Logement, Holcim, le CSTB et de nombreux autres, l’impression 3D béton franchit progressivement une étape décisive : celle du passage du démonstrateur au projet constructif réel.
Une autre manière d’aborder la construction
C’est précisément cette réflexion qui est à l’origine de CHANYA.
Notre démarche ne consiste pas à partir d’une machine pour chercher ensuite ce qu’elle pourrait construire.
Nous partons d’une question beaucoup plus simple.
À quoi devrait ressembler un habitat désirable, accessible et durable aujourd’hui ?
La technologie vient ensuite.
Elle s’adapte au projet.
Pas l’inverse.
Qu’elle s’appuie sur l’impression 3D, sur l’intelligence artificielle, sur la robotique, sur des matériaux biosourcés ou bas carbone importe finalement assez peu.
Ce ne sont que des moyens.
Jamais une finalité.
La véritable rupture sera culturelle
Nous parlons souvent d’innovation en évoquant les machines, les logiciels ou les nouveaux matériaux.
Je crois pourtant que la plus grande innovation sera ailleurs.
Elle résidera dans notre capacité à repenser la manière de concevoir l’habitat.
Construire plus vite n’a de sens que si nous construisons mieux.
Construire moins cher n’a d’intérêt que si cela permet à davantage de personnes d’accéder à un logement de qualité.
Construire autrement n’est utile que si cela améliore réellement notre manière d’habiter le monde.
L’impression 3D béton est une formidable opportunité.
Mais elle ne sera jamais la révolution que certains annoncent si nous continuons à considérer la technologie comme une fin en soi.
La véritable révolution commencera lorsque nous replacerons l’humain, les usages et le vivant au cœur de nos projets.
Parce qu’au fond, la question n’a jamais été de savoir comment construire.
La vraie question est toujours restée la même :
Pourquoi construisons-nous ? Et pour qui ?
Cette réflexion a progressivement donné naissance à CHANYA, une approche qui place la technologie au service d’un habitat plus humain, plus accessible et plus régénératif. Ce sera l’objet des prochains articles de ce blog.
